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Droits de l’Homme

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Enfermé, confiné : quelles leçons pour demain ?

mai 2020

Ce moment unique dans l’histoire du XXe siècle où près de la moitié de l’humanité expérimente l’enfermement.
Un nouveau mot a fait son apparition dans le langage commun : le confinement. Ce terme inusité autrefois est en passe de devenir l’alpha et l’oméga de toute conversation et pensée rationnelle de notre temps. Les « coronials » pourraient bien prendre la place des « millenials » dans un futur assez proche.

ECPM et ses équipes, comme une grande partie du monde aujourd’hui, observent un confinement strict, car c’est par une solidarité accrue et un sens des responsabilités que nous gagnerons contre cette pandémie. Une responsabilité que l’on se doit d’avoir pour autrui, pour les anciens, pour tous les plus faibles et les plus fragiles d’entre nous.

Parmi eux se trouvent tous les prisonniers à travers le monde pour qui nous avons une pensée particulière, qui du fond de leur cellule vivent avec une angoisse exacerbée les folies de ce monde nouveau. À l’isolement, se rajoute la peur de la maladie et l’angoisse de ne pas avoir de nouvelle de leur famille. Les familles, de leur côté perdent le contact avec leur proche incarcéré, souvent mis à l’isolement, dans une sorte de « quarantaine » permanente, où ils croupissent sans nouvelles, sans information de ce qui se joue à l’extérieur de leur monde clos.

Je pense tout particulièrement en cet instant à Serge Atlaoui au fond de sa prison de Kembang Kuning sur l’île de Nusa Kambangan en Indonésie.

Je pense au 24 mars 2010, il y a 10 ans exactement, où Hank Skinner, dans la tristement célèbre prison de Huntsville au Texas, devait être exécuté. Je me rappellerai éternellement ce soir où tous réunis sur la place de la Concorde à Paris, devant l’ambassade des États-Unis à quelques heures de l’exécution programmée de Hank Skinner nous continuions d’y croire malgré les minutes qui s’égrenaient. J’avais Sandrine Ageorges-Skinner, son épouse et mon amie en direct du Texas, qui était encore et toujours confiante, l’actrice Lou Doillon venait nous apporter son soutien, les militants, sympathisants et autres partenaires d’ECPM étaient tous présents, criant leur soutien. Hank a survécu à 45 min de l’exécution. Je pense à Mumia Abu-Jamal qui a passé 38 ans derrières les barreaux (dont 26 ans condamnés à mort).

Je repense toujours à Dostoïevski, dans L’Idiot, qui nous montre que le condamné à mort meurt deux fois : Il meurt dans sa certitude qu’il va être exécuté et il meurt sur l’échafaud. Je rajouterais qu’il meurt à petit feu, également dans ce purgatoire terrestre, qui n’a rien de réparateur mais tout de la main vengeresse de l’Homme.

« Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d’une nation qu’en visitant ses prisons » – Fiodor Dostoïevski
Cette expérience que nous vivons tous, malgré nous, peut nous amener collectivement à se tourner vers l’autre dans une expérience d’empathie collective au-delà des frontières, au-delà des murs, au-delà des barreaux. Deux choix s’offrent à nous après cette crise : soit nous reprenons nos vies comme avant, sans rien changer de nos habitudes, de nos comportements écologiques, éthiques et sociaux, soit nous considérons qu’il y a un avant et un après « confinement ». Que nous ne pouvons plus accepter la torture de l’enfermement. Les missions d’enquêtes qu’ECPM mène dans les couloirs de la mort partout dans le monde font partie de cette pédagogie, pour expliquer les conditions de vies très souvent scandaleuses dans les couloirs de la mort aussi bien dans des prisons insalubres et surpeuplées au cœur de la RDC ou dans la moiteur indonésienne, que dans les pénitenciers désincarnés et déshumanisant américains.

Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général d’ECPM

Publié par ECPM le 31 mars 2020

Exécutions en Arabie saoudite : « La paralysie et l’hypocrisie continuent de régner au sein des nations »

mai 2020

Le directeur général de l’ONG Ensemble contre la peine de mort, Raphaël Chenuil-Hazan, explique que l’Arabie saoudite, qui multiplie les exécutions de personnes issues des minorités chiites ou de milieux les plus vulnérables, présente le visage de la barbarie.

Tribune. Après l’affaire Jamal Khashoggi [l’assassinat du journaliste saoudien à Istanbul en 2018], le royaume saoudien s’est retrouvé au pied du mur. Etre au ban des nations, ne plus regarder vers l’avenir et ne voir qu’impies, ennemis, opposants, dissidents, terroristes à abattre ou à éliminer, quel qu’en soit le prix. Une autre possibilité eut été le choix d’une certaine ouverture (peut-être progressive au début) mais réelle, sincère et visible.

Malheureusement ce ne fut pas le chemin choisi. Les spadassins du royaume ont beau porter partout la voix de Riyad, le temps du pouvoir pétrolier et monétaire prend fin. Hier, le secteur privé international se battait pour commercer avec l’Arabie saoudite quel qu’en soit le prix, aujourd’hui, il se bouche le nez, demain, il aura honte.

J’ai, pour ma part, été (comme d’autres dirigeants d’ONG internationales) approché à plusieurs reprises par la diplomatie saoudienne. J’ai eu l’occasion de les rencontrer, notamment au sein de leur ambassade à Bruxelles en novembre 2018 pour aborder avec eux l’avenir, le dialogue et l’engagement de la politique du prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS) en ce qui concerne l’application de la peine de mort. Ils me disaient que les choses avançaient, bougeaient dans un environnement tribal et ultra-conservateur qu’il fallait prendre en compte.

Lire la suite sur Le Monde (tribune publiée le 02 mai 2019)

Loi Asile et Immigration du 10 septembre 2018 : l’ACAT dresse un premier bilan de sa mise en œuvre

avril 2020

Publié par l’ACAT-France le 14 janvier 2020.

La loi Asile et Immigration du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie est la 17ème réforme majeure depuis 1980 en droit des étrangers et droit d’asile.
Une note d’analyse, consultable dans son intégralité ici et adressée ce jour à des parlementaires et organisations internationales, alerte sur les effets de la loi du 10 septembre 2018 qui vise à restreindre une fois de plus les droits fondamentaux des personnes étrangères. Ces atteintes s’opèrent à plusieurs niveaux:

L’accélération de la procédure de demande d’asile à travers des mesures telles que le placement en procédure accélérée des demandes d’asile déposées après un délai de 90 jours et l’introduction de la demande d’aide juridictionnelle induisant la suspension et non plus l’interruption du délai de recours devant la CNDA. L’ACAT dénonce une prise en compte moindre des situations individuelles et des besoins spécifiques des demandeurs d’asile. L’ACAT rappelle que le droit d’asile est un droit fondamental qui ne peut s’exercer dans l’urgence.
Une restriction des droits au séjour et au juge avec notamment la cessation du droit au maintien en France dès la lecture publique de la décision de la CNDA et l’exclusion du droit au séjour de certaines catégories de demandeurs d’asile les privant parallèlement du bénéfice d’un recours suspensif. De la loi découle la volonté d’écarter le plus grand nombre de demandeurs d’asile de la procédure au profit d’une politique migratoire axée sur l’expulsion. L’ACAT exhorte l’État à sortir de cette logique de l’expulsion et à garantir à tous les demandeurs d’asile un réel droit au recours effectif.
Un recours accru à la rétention avec l’allongement de la rétention de 45 à 90 jours et la persistance de la pratique de l’enfermement de mineurs en rétention et en zone d’attente. L’ACAT demande aux autorités de mettre un terme définitif à l’enfermement des mineurs dans tous les lieux de rétention administrative et en zone d’attente, tant en métropole qu’outre-mer.
Enfin, l’ACAT regrette que trop peu de dispositions aient été intégrées au volet sur l’intégration, notamment sur le plan de la réunification familiale, levier pourtant essentiel à l’insertion des bénéficiaires d’une protection internationale. La loi du 10 septembre 2018 a été une occasion manquée d’engager une réforme de la procédure de réunification familiale.

 

Malgré la crise sanitaire, préserver le droit d’asile

avril 2020

Publié par Forum réfugiés-Cosi le 24 mars 2020.

La France, comme l’ensemble des pays européens, est confrontée à une crise sanitaire majeure liée au virus Covid-19, crise qui entraîne une nécessaire suspension ou limitation des activités dans de nombreux domaines. Pleinement conscient de ce contexte exceptionnel, Forum réfugiés-Cosi rappelle cependant que le droit de demander l’asile est un droit fondamental de l’être humain (Article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948), et que le droit de demander l’asile à la frontière comme sur le territoire ne doit et ne peut juridiquement être remis en question.

Aux frontières, le principe de non refoulement demeure la pierre angulaire de la Convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié. Le 19 mars 2020, le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés Filippo Grandi a déclaré que les mesures adoptées par les États du fait de la crise sanitaire « ne devraient pas avoir pour effet de fermer les voies d’accès aux régimes d’asile, ni de forcer des civils à retourner vers des situations de danger ». Il ajoute que « si des risques sanitaires sont identifiés, des systèmes de dépistage peuvent être mis en place ainsi que des tests, le placement en quarantaine et d’autres mesures ».

Forum réfugiés-Cosi demande que des directives en ce sens soient données aux services de police aux frontières, alors même que l’instruction du Premier ministre en date du 18 mars sur le contrôle des frontières ne fait aucune mention du droit d’asile, dont il faut aussi rappeler qu’il est un droit constitutionnel.

Sur le territoire, les adaptations du système d’asile sont bien entendu nécessaires, l’ensemble de ses acteurs étant soumis aux contraintes générées par les mesures de confinement et le respect des consignes sanitaires.

L’accès à la demande d’asile doit cependant demeurer possible, en tant qu’il constitue un service public essentiel assurant le respect d’un droit fondamental. Forum réfugiés-Cosi forme le vœu que des mesures soient adoptées, de manière aussi harmonisée que possible sur l’ensemble du territoire, pour que les guichets uniques réunissant les services des préfectures et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) continuent, selon des modalités adaptées, leurs missions d’enregistrement des demandes d’asile et d’attribution des conditions matérielles d’accueil. Tout doit être également fait pour que les services de premier accueil des demandeurs d’asile (SPADA) puissent, moyennant des mesures adaptées et dans le strict respect des instructions des autorités sanitaires, ne pas empêcher l’accès à la protection internationale.

Concernant l’instruction des demandes, Forum réfugiés-Cosi salue les mesures annoncées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) visant à préserver la possibilité d’obtenir une protection pour toutes les personnes relevant du statut de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire.

Ces considérations s’appliquent par ailleurs à l’Union européenne et à l’ensemble des États membres, où des régimes juridiques d’exceptions et des pratiques dérogatoires s’établissent parfois sans une prise en compte suffisante des impératifs liés au droit d’asile. Forum réfugiés-Cosi est particulièrement préoccupé par la situation à la frontière entre la Turquie et la Grèce, laquelle s’apprête à éloigner vers leur pays d’origine plusieurs centaines de réfugiés entrés sur son territoire, sans examen de leur demande d’asile. La mise en œuvre de telles mesures, qu’elles soient adoptées au motif de la crise sanitaire ou qu’elles la précèdent (pour la Grèce, voir notre communiqué du 3 mars 2020), vont à l’encontre du droit international et du droit européen.

Comme l’affirme très justement le Haut-Commissaire aux réfugiés Filippo Grandi dans sa déclaration précitée, « en ces temps difficiles, n’oublions pas les personnes qui fuient les guerres et la persécution, elles ont besoin – comme nous tous – de solidarité et de compassion, aujourd’hui plus que jamais ».

La fièvre des prisons :  le coronavirus entre quatre murs

mars 2020

Publié par Prison Insider le 18 mars 2020

Le coronavirus ne s’arrête pas aux portes des prisons. Prison Insider compile, continent par continent, pays par pays, les informations et les mesures prises… ou non… pour assurer la sécurité de tous, détenus et personnels en prison. Le site s’intéresse aux conséquences de la pandémie dans les lieux de privation de liberté à travers le monde.

Les personnes détenues vivent parfois dans la promiscuité et l’insalubrité, partagent une cellule de quelques mètres carrés ou un dortoir collectif. Elles présentent un moins bon état de santé que la population générale. Les gestes-barrière à adopter se heurtent aux conditions matérielles et à un accès aux soins inégal.

Quelles sont les mesures prises pour assurer la sécurité de tous en prison, pour les personnes détenues et les personnels ? Quelles sont les conséquences de la pandémie sur les conditions de vie en détention ?

Consulter le fil d’information « Coronarirus : la fièvre des prisons ».

En rétention, l’exercice difficile du droit d’asile

mars 2020

Le droit d’asile peut être invoqué par un étranger à tout moment, y compris en centre de rétention administrative. Dans ce contexte, l’exercice du droit d’asile s’inscrit cependant dans un cadre juridique spécifique, dont la mise en œuvre est marquée par de nombreuses difficultés.

L’engagement des États à ne pas renvoyer vers leur pays des personnes qui ont des craintes en cas de retour suppose de pouvoir solliciter les autorités à tout moment, pour demander un examen de sa situation au regard des normes relatives au droit d’asile.

Tout étranger peut ainsi exercer ce droit fondamental à la frontière lors de son arrivée (avec placement possible en zone d’attente), sur le territoire auprès de la préfecture (voir le parcours du demandeur d’asile sur le territoire), ou avant la mise en œuvre d’une mesure d’éloignement au cours d’un placement en centre de rétention administrative (CRA). Dans cette dernière hypothèse, les demandeurs d’asile sont soumis à un cadre juridique spécifique.

Le délai pour formuler une demande d’asile en rétention est de cinq jours. Une demande peut cependant être déposée au-delà de ce délai si la personne n’a pas pu bénéficier d’une assistance juridique pendant ces cinq jours, ou si elle invoque des faits survenus après ce délai. Dans un rapport publié en 2018, l’association La Cimade indiquait qu’en 2017, 109 demandes d’asile sur 617 formulées dans neuf centres de rétention (soit 18%) avaient été jugées irrecevables en raison du dépassement du délai.

Dès lors qu’une demande est déposée, elle devrait en principe être instruite sur le territoire avec les garanties habituelles entourant la demande d’asile. La loi permet cependant à la préfecture de maintenir la personne en CRA si elle « estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l’exécution de la mesure d’éloignement ». En pratique, les décisions de maintien en rétention sont systématiques. Les préfectures sont tenues de motiver ces décisions, mais elles ne peuvent ni avoir connaissance du fond de la demande ni considérer que le simple fait de demander l’asile après son placement en rétention vise à faire échec à l’éloignement, ce qui aboutit souvent à des décisions stéréotypées. Alors que les décisions de privation de liberté sont habituellement contrôlées par le juge des libertés et de la détention (JLD), conformément à la Constitution française qui désigne l’autorité judiciaire comme « gardienne de la liberté individuelle », le recours contre la décision de maintien suite à une demande d’asile est examiné par le tribunal administratif – une exception validée par le Conseil constitutionnel dans une décision du 4 octobre 2019.

L’une des principales difficultés de la procédure d’asile en rétention repose sur les conditions de l’entretien. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) entend le récit des étrangers retenus à travers un dispositif de visio-conférence, qui complique souvent la communication et pose des enjeux de confidentialité dans certains CRA. Privés de liberté, les demandeurs d’asile en CRA peuvent par ailleurs rencontrer des difficultés pour préparer leur entretien – au cours duquel ils peuvent être assistés par un tiers habilité, notamment issu d’une association présente en rétention.

Le taux d’accord en rétention n’a pas été communiqué par l’OFPRA en 2018, mais les associations qui assurent l’aide à l’exercice des droits dans ces lieux n’ont recensé cette année-là qu’une vingtaine de décisions positives pour 1 261 demandes cette année-là (pas de données plus récentes disponibles). Bien que de nombreuses demandes soient formulées dans ces lieux pour tenter d’éviter ou de retarder l’éloignement – un étranger ne pouvant être éloigné tant que sa demande d’asile, si elle est jugée recevable, n’a pas été examinée par l’OFPRA -, de nombreux étrangers peuvent prétendre à une protection au titre de l’asile qu’ils n’ont pas pu solliciter avant leur placement en rétention.

Une autre difficulté repose sur l’absence de caractère suspensif du recours dans ces lieux. En effet, si un recours peut être formé devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) comme sur le territoire, cette démarche ne suspend pas la mise en œuvre de l’éloignement. Cette situation n’est pas de nature à garantir l’effectivité des recours pourtant requise par la jurisprudence européenne en la matière, impliquant des exigences de qualité, de rapidité et de suspensivité telles qu’exigées par la Cour européenne des droits de l’homme dans un arrêt de 2012 condamnant la France pour l’absence d’effectivité du recours en rétention.

Enfin, l’articulation entre le processus d’éloignement et la procédure d’asile constitue aussi une problématique majeure. L’une des démarches clés pour les autorités lors de la période de rétention, consiste à obtenir un laissez-passer auprès du pays d’origine pour permettre un retour (voir notre article de newsletter de janvier 2019). Cela suppose une présentation de l’étranger retenu auprès des autorités consulaires, une démarche prohibée dans le cadre du droit d’asile car susceptible de menacer la sécurité du demandeur ou de ses proches restés au pays si les autorités nationales sont effectivement à l’origine de persécutions. Mais si aucune démarche n’est entamée, l’administration peut se voir reprocher un manque de diligence qui ne justifie pas le maintien en rétention et entraîne donc une libération par le juge.

Sur ce sujet, la Cour de cassation a estimé en 2011 que le dépôt d’une demande d’asile ne dispensait pas l’administration de poursuivre les démarches nécessaires à l’éloignement. En 2013, la Cour d’appel de Paris a cependant précisé que si les autorités consulaires peuvent être saisies, les personnes ne peuvent y être présentées tant que la demande d’asile est en cours d’instruction et cette saisine ne doit pas mener à transmettre des informations confidentielles. En écho à ces exigences, la CNDA estime d’ailleurs que le partage de l’information selon laquelle le retenu était demandeur d’asile auprès des autorités consulaires sollicitées pour l’obtention d’un laissez-passer, est de nature à aggraver les craintes de persécutions.

L’ensemble de ces éléments questionne la qualité du système d’asile en rétention, un lieu où toutes les conditions devraient être réunies pour s’assurer qu’aucune personne n’est éloignée vers un pays où elle craint des violences et persécutions.

Des nouveaux projets pour Avocats Sans Frontières en 2020

mars 2020

En 2020, Avocats Sans Frontières France démarre 4 nouveaux projets : 2 au Mali, 1 au Cameroun et 1 en Haïti. Le démarrage de ces projets résulte de la volonté de l’association d’agir « là où la défense n’a plus la parole ».

Au Mali

ProFOTO : Promotion des droits fondamentaux des détenus et application des instruments juridiques de prévention de la torture.

ProFOTO a pour objectifs= de contribuer à la prévention des actes de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants afin d’améliorer l’Etat de droit au Mali et de promouvoir une meilleure connaissance et application des dispositifs de prévention de la torture par le renforcement des capacités des acteurs de la chaîne pénale et le plaidoyer pour la prévention de la torture dans les lieux de privation de liberté.

JUGE : Justice pour les survivantes de violences basées sur le genre

JUGE a été conçu avec l’objectif de renforcer le respect des droits de l’Homme et participer à la consolidation de la démocratie au Mali et de lutter contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) et l’impunité de leurs auteurs. Poursuivre les auteurs de VBG permettra de rendre justice aux survivantes, crédibiliser l’action de la justice étatique et promouvoir la confiance des citoyens envers les institutions.

Au Cameroun

RECAJUD : Renforcement des Capacités de la société civile camerounaise pour l’accès à la Justice des personnes en Détention

RECAJUD vise à renforcer les capacités des membres de la chaîne judiciaire dans la protection et la prise en charge des personnes privées de liberté, en particulier les personnes en situation de vulnérabilité, et à promouvoir la mise en application des peines alternatives.

En Haïti

IMPLIC : Implication et participation des acteurs pour la protection des droits des personnes privées de liberté

Le projet IMPLIC a pour objectif de contribuer au renforcement de l’Etat de droit et au respect des droits de l’Homme en Haïti et de contribuer à la défense et à la protection des droits des personnes privées de liberté par l’implication et la participation des acteurs nationaux en Haïti.

Ces nouveaux projets s’ajoutent aux 4 autres projets déjà mis en place sur le terrain par ASF France et qui se poursuivent.

Au Nigeria

ProCAT : Lutte contre la torture

Le projet, lancé 2009, a pour but de contribuer à la réduction des actes de torture de toute la chaîne judiciaire, d’améliorer l’accès à la justice et aux services juridiques pour les victimes de torture, de renforcer les connaissances et compétences des autorités judiciaires et de promouvoir une meilleure connaissance et application des principes de la Convention des Nations-Unies contre la Torture (UNCAT). Au fil des années, ProCAT s’est étendu dans 5 Etats du Nigeria : Kaduna, Lagos, Ego, Enugu et Imo.

SAFE : Renforcement des capacités des acteurs nationaux et pour mettre fin aux violations graves des droits de l’homme

Mis en place depuis 2019, SAFE a pour objectif de renforcer la promotion et le respect des droits de l’Homme au Nigéria dans les situations où les personnes sont le plus menacées, en protégeant leur dignité humaine et de contribuer à mettre fin aux violations graves des droits de l’Homme (torture, mauvais traitements, détention arbitraire et exécutions extrajudiciaires) perpétrées en toute impunité par les services de sécurité des États de Kaduna, Enugu et Lagos.

Au Cambodge

MAJC : Mobilisation des Acteurs et accès à la Justice pour les Cambodgiennes

Lancé en novembre 2018, la finalité du projet MAJC est de favoriser l’accès à la Justice des femmes victimes de Violences Basées sur le Genre (VBG) grâce à une prise en charge adéquate d’une part, et de sensibiliser la communauté aux droits des femmes et aux violences qu’elles subissent d’autre part. Pour cela le projet intervient à différentes échelles – au niveau de la Province, des districts et des villages – et s’adresse à une diversité d’acteurs, qu’ils soient acteurs de la chaîne pénale, acteurs associatifs ou membres des communautés.

En Grèce 

Samos Legal Centre

Samos, île de la mer Égée, est située face à la côte turque. Elle compte le deuxième plus grand nombre de migrants: plus de 8 000 réfugiés et migrants résident sur l’île, alors que le camp a une capacité d’accueil n’allant que jusqu’à 650 personnes. Depuis janvier 2019, le Centre juridique de Samos fournit une assistance juridique aux demandeurs d’asile et travaille avec des avocats et experts juridiques nationaux et internationaux (avocats grecs inclus). Quotidiennement, le Legal Centre accueille les demandeurs d’asile présents sur l’île de Samos. L’équipe sur place délivre des conseils juridiques, mais également un accompagnement judiciaire sur différentes procédures.

IREX Europe publie un manuel de journalisme avec son projet JAMIL.NET en Tunisie

mars 2020

IREX Europe est heureuse d’annoncer que son manuel de journalisme, développé en partenariat étroit avec Alternative Media basé en Tunisie, est désormais disponible en français et en arabe.

Le manuel a été élaboré par les experts français Jocelyn Grange et Jean-Marie Coat ainsi que les experts tunisiens Nizar Ben Hassen et Manel Gharbi avec le soutien de l’Union européenne, de l’ambassade des États-Unis en Tunisie et de l’Agence française du développement.
Ce manuel de journalisme a été développé pour fournir un outil aux radios communautaires, ainsi que pour mieux équiper les formateurs qui disposent désormais des outils nécessaires pour aider les radios communautaires à produire des programmes journalistiques de haute qualité. Le manuel couvre l’ensemble des activités de fonctionnement et de travail au sein d’une radio communautaire, fournissant ainsi des conseils de gestion, des bonnes pratiques en matière de gestion des ressources humaines et des conseils aux journalistes et animateurs de radio. Le manuel, rédigé dans un format de fiches d’information, est donc facile à utiliser.
Les sujets clés sont:
• Comment être un média communautaire
• Comment faire du journalisme communautaire
• Comment être un animateur dans une radio locale
Le manuel est disponible en Français et en Arabe.

Lire l’article en Anglais sur le site d’Irex Europe : http://irex-europe.fr/2020/02/05/journalism-manual-available/

Témoignage – Dans la prison de Makala : 19 années sans destin

mars 2020

REPORTAGE – Il faut se démunir de tout appareil électronique pour pénétrer en règle au sein de la prison centrale de Makala, à Kinshasa. Qu’importe, car aujourd’hui c’est un livre que nous venons présenter aux prisonniers et aux responsables, rencontrés quelques mois auparavant dans le cadre de notre enquête sur les conditions de détention des condamnés à mort en République démocratique du Congo (RDC).


Désormais publié, « Vers une mort en silence » est voué à porter haut et fort la voix de ces condamnés oubliés dans des conditions de vie inhumaines, et faire bouger les lignes de la justice du pays. Au cours de cette visite, Jojo M., condamné à mort depuis 19 ans, nous raconte ses années latentes.

Nous n’avons pas le droit d’aller à la rencontre des condamnés à mort dans leur bâtiment ; ils nous rejoindront dans l’étroit bureau mis à notre disposition. « Dans le bâtiment des hommes, les conditions de vie sont inhumaines, vous ne pourrez même pas rentrer » lâche un responsable de la prison. La prison centrale de Kinshasa a été construite en 1958 pour une capacité d’accueil de 1500 personnes ; en 2018, elle comptait 8500 personnes détenues, soit un taux d’occupation de 560 %. « La surpopulation est terrible : ils sont dans les couloirs, les toilettes, il n’y a pas d’endroit pour mettre les carpettes » précise-t-il.

Au compte-gouttes, onze des treize condamnés à mort que compte la prison (ceux dont les conditions de santé leur permettent de se déplacer) se joignent effectivement à nous.

Parmi eux se trouve Jojo M. Il est le benjamin du groupe, celui qui connaît par cœur ces couloirs et que, réciproquement, les détenus connaissent bien : « Il était tout petit quand on l’a arrêté, il a vieilli en prison » le décrivent-ils. D’une voix voilée et parfois saccadée, Jojo jette un œil au rapport et revient sur son expérience, semblable à celle de nombreux condamnés congolais. […]

Consulter le rapport

Lire la suite du témoignage sur www.ecpm.org

Interview de Passy Mubalama, coordinatrice d’une association partenaire d’AEDH

mars 2020

Passy MUBALAMA est coordinatrice d’AidProfen, organisation à but non lucratif partenaire d’AEDH (Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme), pour la défense des droits humains et la protection du droit des femmes et des enfants en République démocratique du Congo.

– « Les femmes se sous-estiment alors qu’elles peuvent contribuer au développement du pays. Il faut mettre en avant le leadership féminin ! » –

 

La région des Kivu à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) a été touchée par un conflit entre plusieurs groupes armés jusqu’en 2013 et depuis, certains groupes armés sévissent toujours. Les femmes sont les premières concernées par ces actes de violence (viols, violences sexuelles, mutilations). AidProfen aide ainsi à la reconstruction post traumatique, soutient la participation des femmes à la vie politique locale et mène des actions de plaidoyer.

 

AEDH : Comment avez-vous connu AEDH et quels projets ont mené ensemble AEDH et Aid Profen ?

AEDH a été un de nos premiers partenaires et nous avons connu l’association grâce au réseau et à l’appel à projet DECLIK (2012 – 2015). Le projet avait pour mission de DÉvelopper et Conforter Les Initiatives des défenseurs des droits de l’Homme et des organisations de la société civile dans les Kivu.

Dans le cadre de ce projet, nous avons agi auprès des femmes et particulièrement des mères célibataires et de leurs filles : souvent, les femmes violées et les enfants issus de ces viols sont mis de côté par leurs communautés. Nous les avons informées sur leurs droits, accompagnées et aidées à se réinsérer dans la vie professionnelle, puis nous avons mené des campagnes de sensibilisation à la question des violences sexuelles. Nous avons également mené un projet de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur les sites miniers. Grâce aux résultats d’enquêtes menées sur les sites de Rubaya et Kitchanga, nous avons pu construire des plaidoyers.

Aujourd’hui, grâce à l’aide du projet DEFI (DÉvelopper et Favoriser les Initiatives des organisations de défense des droits de l’Homme en Afrique centrale), nous avons gagné en ressources humaines, en connaissances et en crédibilité. Notre enquête sur les sites miniers a aussi pu être menée plus largement.

 

AEDH : Comment être à la fois femme et défenseure des droits humains ?

La position de femme – et encore plus celle de défenseure dans un contexte instable en RDC nous plonge dans l’insécurité. Nous recevons constamment des intimidations. Ainsi, nous avons été formées par Protection International pour mieux saisir le contexte conflictuel et faire preuve de prudence.

Les femmes subissent souvent des violences et pourtant, elles ont un regard plus particulier sur les questions des droits humains et notamment en matière de violences sexuelles : le sujet les concerne directement et elles

peuvent donc mieux comprendre, cibler les besoins spécifiques des victimes.

 

AEDH : Pourriez-vous définir le rôle d’une défenseure des droits humains aujourd’hui en RDC ?

Etant donné le contexte en RDC, les violations des droits humains se perpétuent. Ainsi, le rôle d’une défenseure des droits humains est primordial.

Je suis née dans un contexte de conflit qui nous a donné un faible accès à l’éducation. Les discriminations liées au genre étaient également fortes et la violence banalisée. En conséquence, les femmes se sous-estiment alors qu’elles peuvent contribuer au développement du pays. Il faut mettre en avant le leadership féminin !

Quelques avancées ou petits changements ont eu lieu depuis que

je suis activiste. Par exemple, les femmes travaillent de plus en plus et osent prendre part à la vie économique locale. Mais les coutumes en RDC bloquent souvent les droits humains.

AEDH : Quelle est votre vision de la RDC pour l’avenir ?

J’aimerais que chacun jouisse pleinement de ses droits en tant que personne humaine. J’aimerais aussi que le partage des ressources soit plus efficace car la RDC est riche sur le plan des ressources mais de fortes inégalités sont présentes. Enfin, j’aimerais que la corruption disparaisse et que la mauvaise gouvernance cesse.

 

AEDH : Quel sera alors le rôle des hommes ?

Le rôle des hommes est – et sera  de s’impliquer dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Ils doivent accompagner ces femmes et se sentir concernés par cette situation. Il faut bousculer le modèle d’une société patriarcale car les hommes et les femmes peuvent tous deux contribuer au développement du pays. En mettant de côté les femmes, le pays perd de l’argent et des ressources.

 

Louise Negrell